Notre intervention s'est développée autour de cette interrogation. Plutôt que de produire un récit historique autonome ou un dispositif patrimonial séparé du projet architectural, nous avons cherché à intégrer la mémoire du lieu dans l'expérience quotidienne des visiteurs.

Le point de départ du travail a été la turbine, élément emblématique de l'histoire industrielle de Neyrpic. Longtemps spécialisée dans la conception d'équipements hydrauliques, l'usine a participé au développement de l'aventure hydroélectrique alpine. À partir de ce motif, nous avons développé un ensemble d'interventions réparties dans le site, établissant un dialogue entre passé industriel et usages contemporains.

La réalisation la plus visible prend la forme d'une longue frise en céramique intégrée à la façade historique. Inspirée des différentes turbines conçues par l'entreprise, elle met en scène les ouvriers, les gestes techniques et les savoir-faire qui ont marqué l'histoire du site. Développée avec les Céramiques du Beaujolais, cette œuvre transforme la façade en support narratif où se croisent mémoire industrielle et savoir-faire artisanal.

Ce travail s'est prolongé par une série d'interventions graphiques/illustratives déployées sur les façades et dans différents espaces du site. Inspirées des isotypes d'Otto Neurath, ces figures relient les activités passées de l'usine aux usages actuels du lieu. Les motifs de turbines, les silhouettes et les scènes collectives constituent un fil conducteur qui accompagne les visiteurs tout au long de leur parcours.

Plutôt que de commémorer un passé disparu, le projet cherche à maintenir une continuité entre les différentes vies du site. Les interventions artistiques deviennent des points de rencontre entre mémoire, architecture et usages contemporains, permettant aux récits du travail, de l'industrie et de la transformation énergétique de demeurer présents dans un environnement désormais dédié à d'autres formes d'activité.

Développé par Ruedi Baur avec Odyssée Khorsandian et Marine Clair, en dialogue avec l'architecte Édouard François, le projet affirme la capacité du design à rendre visibles les histoires qui traversent les lieux et à inscrire ces récits dans l'expérience quotidienne de leurs habitants et visiteurs.